16/06/2015
Le saviez-vous?

À l’hiver 1414, un conseil général a été convoqué à Constance, en Allemagne, sous le prétexte de résoudre le conflit qui opposait les trois personnes qui voulaient succéder au pape. En réalité, c’était une conférence ayant pour but de trouver des moyens de mettre un terme à un mouvement de contestation de l’autorité de l’église catholique qui prenait de l’ampleur. Pour y arriver, il fallait faire disparaître un homme nommé John Huss, un des prédicateurs les plus connus de l’époque.

Huss s’inspirait des enseignements du protestant John Wickliffe; sa popularité s’était répandue partout en Bohême et dans une grande partie de l’Europe de l’Est.  

Après avoir été convoqué au conseil, Huss s’y est rendu et a découvert qu’il s’agissait non pas de la collaboration pacifique que les dirigeants de l’église catholique romaine lui avaient promise, mais bien d’une inquisition de son opposition aux dogmes de l’église catholique. Huss a finalement été emprisonné à la suite des accusations d’hérésie portées par deux hommes qui étaient de complot, l’un employé par le clergé catholique de la place et l’autre par la cour même de Rome.

Leur plan était de mettre fin à un mouvement qui prenait de l’ampleur dans de nombreuses villes et de nombreux villages, partout en Europe, en essayant de faire taire le message de John Huss. Leur plan allait échouer, car cent ans plus tard, les écrits de Huss allaient influencer un moine du nom de Martin Luther, et la réformation allait battre son plein.

Nous reprenons le récit à l’été suivant, en juillet 1415, pendant son procès. La traduction de ce texte est tirée du livre Le livre des martyrs, une traduction libre de Foxe’s Book of Martyrs par Jean leDuc, en 1896.

Malgré la promesse de l'empereur de lui donner un sauf conduit d'aller et retour de Constance, suivant la maxime du concile que "L'on ne doit pas tenir ses promesses aux hérétiques," quand il fut su qu'il était dans la ville, il fut immédiatement arrêté et fait prisonnier dans l'une des chambres du palais. Sur cela, un des amis de Huss fit mention du sauf-conduit; mais le pape répondit qu'il n'en avait pas accordé un, et n'était pas lié par celui de l'empereur.

La noblesse de Bohême et de Pologne firent valoir toute leur influence en faveur de Huss; et prévalurent assez pour empêcher qu'il fut condamné sans être entendu, chose que les commissaires semblaient avoir résolu. Avant le procès, un moine franciscain fut employé pour le surprendre dans ses paroles et paraître ensuite contre lui.

Enfin, Huss fut amené devant le concile, et les articles contre lui furent lus; il y en avait au-delà de quarante, et extraits surtout de ses écrits. L'extrait suivant, formant le huitième article d'accusation, fournira un exemple de la preuve sur laquelle cet infâme procès fût conduit. "Un méchant pape n'est pas le successeur de Pierre, mais de Judas."

"Réponse. J'ai écrit ceci dans mon traité; Si le pape est humble et doux, méprisant l'honneur et le lucre du monde; s'il est berger, nourrissant le troupeau de Dieu avec la parole et un vertueux exemple, et travaille diligemment et soigneusement pour l'église, alors il est sans doute le vrai vicaire de Christ. Mais s'il marche contrairement à ces vertus, d'autant qu'il n'y a pas de rapport entre Christ et Belial, et Christ lui-même, dit, ¨Celui qui n'est pas avec moi est contre moi,¨ comment est-il alors le vrai vicaire de Christ ou de Pierre, et non pas plutôt le vicaire de l'antechrist ? Christ appela Pierre lui-même, Satan, quand il l'opposa seulement pour un mot. Alors, pourquoi, un autre étant plus opposé à Christ, ne serait-il pas appelé Satan, et par conséquent antechrist, ou au moins le principal ministre ou vicaire de l'ante-christ.

Peu de temps après, quatre évêques et deux seigneurs furent envoyés par l'empereur à la prison, pour engager Huss à se rétracter. Mais il prit Dieu en témoin, avec des larmes aux yeux, qu'il n'avait pas conscience d'avoir prêché ou écrit quelque chose contre la vérité ou la croyance de la vraie église. Les députés alors lui représentèrent la grande sagesse et l'autorité du concile: à quoi Huss répondit, "Qu'ils m'envoient la moindre personne du concile qui pourra me convaincre par argument de la parole de Dieu, et je lui soumettrai mon jugement." Cette digne réponse n'eut pas d'effet, et les députés, trouvant qu'ils ne pouvaient faire aucune impression sur lui, partirent, étonnés de sa résolution.

Il reçut la sentence sans la moindre émotion: et à la fin de sa lecture il s'agenouilla et avec toute la magnanimité d'un martyr primitif il s'écria: "Que ta miséricorde infinie, O mon Dieu ! pardonne cette injustice de mes ennemis. Tu connais la fausseté de ces accusations: combien chargé de crimes j'ai été représenté; combien j'ai été opprimé par des témoins sans caractère et une fausse condamnation: cependant, O mon Dieu ! que ta grande miséricorde qu'aucune langue ne peut exprimer, prévale auprès de toi pour que tu ne venges pas mes torts." Ces excellentes paroles furent reçues comme autant d'expressions de trahison, et ne tendirent qu'à exciter ses adversaires. En conséquence, les évêques appointés par le concile le dépouillèrent de ses habits sacerdotaux, le dégradèrent et mirent une mitre de papier sur sa tête sur lequel étaient peints des diables avec cette inscription, - "Un chef des Hérétiques." Cette moquerie fut reçut par le martyr héroïque avec un air d'insouciance, et paraissait lui donner de la dignité au lieu de la disgrâce. Une sérénité paraissait sur ses traits, qui indiquait que son âme avait passé par plusieurs étapes d'un voyage fatiguant pour se rendre au royaume du bonheur éternel.

Quand il atteignit l'endroit il se mit à genoux, chanta plusieurs portions des psaumes, éleva les yeux fixement vers le ciel, et dit: "Dans tes mains, Ô Seigneur ! je remets mon esprit; tu m'as racheté, Ô Dieu, tout bon et tout fidèle !" Aussitôt que la chaîne fut mise autour de lui au bûcher, il dit, avec un visage souriant, "Jésus-Christ mon Seigneur a été attaché avec une chaîne plus pesante que celle-ci pour moi; pourquoi alors aurai-je honte de cette vieille toute rouillée ?"

Quand les fagots furent amoncelés autour de lui, le duc de Bavière fut assez officieux pour lui demander d'abjurer. Sa noble réponse fut, "Non, je n'ai jamais prêché aucune doctrine d'une mauvaise tendance; et ce que j'ai enseigné de mes lèvres je scelle de mon sang." Il dit alors à l'exécuteur, "Vous allez maintenant brûler une oie (le nom de Huss signifiant une oie dans la langue Bohémienne), mais dans un siècle vous aurez un cygne que vous ne pourrez ni rôtir ni bouillir." Si cela a été dit en prophétie, il a voulu dire Martin Luther, qui brilla cent ans après, et qui avait un cygne pour ses armes

Aussitôt que les fagots furent allumés, le martyr héroïque chanta une hymne d'une voix si forte et si gaie qu'il fut entendu au milieu du craquement du combustible et le bruit de la multitude. Enfin sa voix fut interrompue par les flammes qui mirent bientôt un terme à sa vie mortelle et porta son esprit immortel que nul feu sur terre ne pouvait réduire ou toucher, au séjour de la gloire éternelle.